La préparation du danseur avant d'entrer en scène

 
L’échéance d’un spectacle qui approche confère au temps des dimensions nouvelles.
 
L’enchaînement des semaines suit un rythme effréné, quand bien même les journées s’étirent à l’infini. Au théâtre, il fait nuit sans discontinuer. Le soir d’une générale, on voit surgir de recoins obscurs toutes sortes de rituels. Tics, manies, gestes répétitifs sont les annonciateurs d’un lever de rideau. Il y a ceux qui plongent dans le matériel chorégraphique, enchaînent les pas jusqu’à l’épuisement, pour entrer sur scène en sueur et presque sûrs d’eux-mêmes, ceux qui vérifient cent fois leur costume, leur maquillage, ceux qui sombrent, terrassés par le sommeil, dans une sieste entrecoupée de sursauts d’angoisse. Ceux qui se terrent dans le mutisme, s’étirent, méditent. Ceux qui font les cent pas, ceux qui ne tiennent plus en place, prennent mille clichés, oublient de manger, de préparer leurs corps, passent à fond de la musique qu’ils n’entendent pas. Ceux qui remettent en question leur choix de carrière et cherchent un réconfort frileux dans les bras des autres. Ceux qui pleurent. 
 
Pour celui ou celle qui performe, le travail est constant, la concentration de plus en plus importante à mesure que le processus de création et d’apprentissage avance. Connaître à l’avance la date de présentation de son travail est utile pour se fixer des objectifs précis dans le temps. Planifier des sessions de recherche personnelle permet d’enrichir son vocabulaire et d’apporter plus de propositions en répétition. En effet, une fois que le chorégraphe a complété la transmission d’une œuvre, il incombe à l’interprète de se l’approprier, d’en prendre soin, de l’enrichir avec son monde intérieur. C’est une manière de rencontrer le créateur à mi-chemin, mais aussi de le rassurer. D’où l’importance de cultiver son ouverture d’esprit dès le début du processus, qui pourra être revisité, notamment, grâce à la tenue d’un journal de bord. 
 
Pour une préparation à la scène réussie, il m’apparaît essentiel de mettre en place une routine facilement adaptable en fonction des besoins du jour. L’entraînement de l’esprit est aussi important que celui du corps : visualisation, cohérence cardiaque, yoga, les moyens pour se recentrer sont aussi variés qu’il y a d’artistes en danse contemporaine. Cet ancrage permet de franchir la ligne d’arrivée moins essoufflé, quand bien même le chaos s’installe progressivement autour de soi. D’autre part, il ne faut pas négliger l’effet bénéfique que peut avoir un moment de décrochage complet, une journée pour soi-même, à penser à autre chose qu’à l’œuvre travaillée. Insérer des moments de détente dans son emploi du temps est essentiel pour permettre au corps de souffler et d’assimiler les nouvelles informations. Cette période d’arrêt peut aussi favoriser les « déblocages » et l’apparition d’idées nouvelles. Et puis, pour s’inspirer encore davantage, il est toujours enrichissant d’assister à des spectacles. Je crois qu’avant de se présenter comme artiste, il est essentiel d’avoir été spectateur, souvent, comme il est indispensable d’être lecteur pour écrire. Mais la plus grande part de la préparation à entrer en scène a lieu face à soi-même, en studio, ou lors des échanges avec les personnes impliquées dans le processus. Plus l’attention est grande, et les répétitions effectuées en pleine conscience, plus les souvenirs du travail effectué seront précieux. Lorsque la pression monte, la confiance dans le travail accompli permet de la maîtriser pour conserver un niveau d’énergie stable. Confiance que tout ce qui était accessible a déjà été réalisé, acceptation du fait que l’imprévu occupe une place dans toute chose, et que c’est aussi au hasard que nous devons bien des « accidents heureux » qui se produisent, dans le studio comme au-delà. 
 
Une fois le salut derrière soi, l’adrénaline qui retombe doucement, une bonne dose d’humilité sera nécessaire pour faire le bilan de ce qui pourra être amélioré, mais aussi de tous les petits objectifs déjà atteints. C’est le travail d’une vie. 
 
- Mara Dupas, étudiante de troisième année
 
 
 
/// Dans la rubrique Vie étudiante, les étudiant.es en danse contemporaine à l'EDCM prennent la plume : l'occasion de découvrir différents points de vue et sujets en lien avec la formation professionnelle, le quotidien des jeunes artistes et la vie à Montréal.   ///
 
 

Photo : Ariane Famelart

 

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