Un pas en soi, un pas dehors

Portrait du cours de recherche créative
 
Mon passage à l’École de danse contemporaine de Montréal a été un cheminement transformateur humainement et artistiquement. Les échanges condensés dans ces trois années font bien plus grandir que le temps qu’on y passe physiquement, car on y rejoint des vies vastes. Deux de mes rencontres les plus marquantes se sont faites dans le cadre du cours de recherche créative. Il y a eu Linda Rabin en première année et Andrew Harwood en troisième année. Jumelés avec la cohésion sincère de ma cohorte, les enseignements de ce cours ont su créer des havres d’humanité dans mon corps. J’y ai fait mes apprentissages les plus fondamentaux, car le cours fait le pont entre le mouvement et l’interprète ainsi que des liens essentiels avec les classes techniques, les approches somatiques, le travail de partenaire et la composition. Ça a été un laboratoire de nouvelles expériences qui m’a dévoilé au rythme de mes découvertes. J’ai pu tracer des chemins inexplorés, me sentir vaste et être le témoin de vulnérabilités, toujours en tissant des liens avec les autres et le monde vivant.
 

Bien qu’il ne s’agisse pas du tout d’un contexte thérapeutique, le cours amène à se rencontrer soi-même, dans toute notre intimité. Auprès de Linda Rabin, j’ai appris la disponibilité intérieure ou comment être présent et à l’écoute en rejoignant l’essentiel en soi. Il s’agit d’un processus touchant de plonger en soi et j’y ai rencontré autant de blocages que de libertés. Dans ces moments, ma cohorte se soutenait particulièrement, avec beaucoup d’amour. Cela a éveillé de grands moments de vulnérabilités entre nous. Souvent, les émotions se montraient vives chez plusieurs, autant vers le rire que les larmes. Heureusement, nous naviguions les mêmes expériences. Pendant que nous développions tous une relation à notre profondeur, nous partagions ses instants aux mille possibilités à travers le mouvement, la voix, le dessin et l’écriture. Cela permettait de faire des parallèles intéressants entre notre processus personnel et l’évolution du groupe.

En première année, les ateliers mélangeaient plusieurs approches reliées à la somatique, l’improvisation, la respiration et la créativité. Notamment, il y avait de l’analyse du mouvement, des exercices de voix, des manipulations du corps et des exercices de respiration. Le but de tous ces ateliers est d’éveiller notre conscience et nos sensations à ce que l’on vit. Une séance comportait souvent des discussions, des ateliers thématiques, une relaxation appelée empty out et une longue exploration à la fin. À travers ces moments d’improvisation, nous pouvions bouger, écrire et dessiner. Il y avait aussi des séances complètes qui abordaient un thème particulier, comme un système du corps, la respiration, la vue, le toucher, les cycles ou l’essence des choses. Je me rappelle qu’à plusieurs moments nous étions invités à éveiller nos sens pour tenter d’intérioriser nos perceptions du monde extérieur. On pouvait ensuite les ré-exprimer avec notre mouvement personnel.

Alors que je recevais énormément d’informations pour accélérer mon développement d’interprète durant la formation, ce moment sans pression me permettait d’absorber les apprentissages. Les concepts se transposaient en moi dans un espace de liberté, de créativité et de lâcher-prise. Je pouvais laisser fondre le travail et toutes les idées ajoutées durant la semaine afin de poser un nouveau regard sur la pratique de la danse. Cela révélait des aspects du métier, comme l’imaginaire, que je n’avais pas toujours le temps de goûter dans les classes techniques.

En troisième année, les séances se concentraient plutôt sur le travail de partenaire, l’improvisation et la composition spontanée. Nous faisions des exercices à deux ou en groupe pour travailler les principes physiques et les qualités de la danse contact. Aussi, nous faisions des grandes improvisations structurées. Andrew proposait une structure et des procédés de composition à utiliser, mais nous étions libres dans les autres choix. Ce type de travail encourage à développer une grande autonomie et une écoute, car il est essentiel de proposer des idées claires physiquement et de garder un œil sur le portrait global. L’équilibre est fragile entre l’action et l’écoute. Heureusement, la boîte à outils de composition spontanée qu’Andrew partage est remplie d’idées. Au besoin, on sait qu’on peut utiliser certains principes comme l’accumulation, l’immobilité, etc. Cela facilite la prise de décision rapide en performance. Contrairement aux deux premiers cours où nous étions dans nos intimités, le troisième cours de recherche nous expose au monde. Il aborde plus la conscience du regard extérieur. Lors des exercices d’improvisation, qui varient d’une à quarante minutes, nous sommes souvent observés par nos collègues ou un public d’étudiants. Cela permet de se familiariser avec sa vulnérabilité devant l’autre.

Enfin, les cours de recherche créative m’ont permis de réactiver la vie en moi. Dans les deux approches des enseignants, il y a une grande attention au moment présent, à l’écoute des sensations. La notion d’échange entre l’intérieur et l’extérieur est ce qui me marque le plus. J’ai appris à recevoir et à rayonner en lien avec les autres. Leur partage m’a permis de comprendre comment être avec moi et comment être avec le groupe avec humilité et courage. Baigner dans l’univers de ces artistes complexes et accomplis est définitivement un milieu d’apprentissage stimulant.

 

- Philippe Dépelteau, finissant EDCM 2020
 
 
/// Dans la rubrique Vie étudiante, les étudiant.es en danse contemporaine à l'EDCM prennent la plume : l'occasion de découvrir différents points de vue et sujets en lien avec la formation professionnelle, le quotidien des jeunes artistes et la vie à Montréal.   ///
 
 

Photo : Maxime Côté | Interprètes: Philippe Dépelteau et Lauranne Heulot(à l'avant), Molly Siboulet-Ryan et Julianne Decerf (à l'arrière)

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